Samedi de Jouer : M. Cooke, le Club Samedi de Jouer est heureux que vous ayez accepté de nous accorder une entrevue. D'abord, pouvez-vous nous révéler à quel âge vous avez commencé à pratiquer le golf et quel fut le premier club dans lequel vous êtes devenu membre ?
Graham Cooke : Lorsque j'avais 12 ans, j'accompagnais mon père au terrain de golf. La plupart du temps, je cherchais des balles, mais à l'occasion, on me laissait jouer un trou avec un fer 5 à la condition que cela ne retardait pas le jeu et que je ne nuisais à personne.
Je suis devenu membre au Credit Valley Golf Club à l'âge de 14 ou 15 ans. Le club était situé à environ 30 minutes à bicyclette de la maison. À 15 ans, je travaillais au club en tant qu'arroseur de nuit. Le meilleur aspect de cet emploi était que je pouvais conduire le camion toute la nuit alors que mes amis ne savaient pas encore conduire !
Samedi de Jouer : Avez-vous déjà exercé le rôle de caddie ? Si oui, que retenez-vous de cette expérience ?
Graham Cooke : Le rôle de caddie fut mon premier emploi. Une journée complète, soit 2 parties, me rapportait 3,00 $. C'est lorsque j'étais caddie que je suis devenu captivé par le jeu. J'adorais me rendre au club jour après jour pour en absorber l'atmosphère.
Samedi de Jouer : Avez-vous pratiqué d'autres sports que le golf durant votre jeunesse ?
Graham Cooke : Je portais beaucoup trop attention aux sports pendant ma jeunesse. Je compétionnais au tennis, aux quilles, au ping-pong, au snooker et je me débrouillais très bien au hockey, au football et au basketball. Toutefois, c'est le golf qui convenait le mieux à mon caractère.
Mais, étant donné les exigences de la vie de tous les jours, j'aurais du ajouter l'étude à cette liste et accorder plus de temps à mon éducation et ainsi j'aurais passé moins de temps au salon de billard !
Samedi de Jouer : Nous avons vu sur votre site WEB que vous avez pratiqué le golf aux États-Unis. Comment cela est-il survenu et à quelles compétitions avez-vous participé aux États-Unis ?
Graham Cooke : J'ai obtenu une bourse du "Michigan State University". Ce fut tout simplememt une expérience merveilleuse. C'était fantastique de pouvoir voyager à travers les États-Unis pour les tournois de l'équipe de golf tout en m'instruisant gratuitement.
Cette immersion concentrée dans le monde du golf m'a permis de développer ma confiance et cela m'a conduit au succès lors de tournois amateurs américains majeurs tels que le Western Amateur (j'ai joué contre Crenshaw en quart de finale) et le US Amateur auquel j'ai participé 2 fois et obtenu de bons résultats. Encore aujourd'hui, je participe à des tournois aux États-Unis et je rencontre plusieurs de mes vieux copains de mes années universitaires.
Samedi de Jouer : Aujourd'hui, vous êtes architecte de golf. Quel chemin avez-vous parcouru pour devenir architecte de golf ?
Graham Cooke : À l'âge de 10 ans, j'avais installé un picth'n putt dans notre cour arrière. Des boîtes de conserve pour les trous, des obstacles d'eau ainsi que des bunkers parsemaient la cour ! J'étais loin de me douter à l'époque que cela deviendrait ma passion et mon gagne-pain.
Au "Michigan State University", j'ai suivi le programme d'architecture de paysagement et j'ai fait ma thèse finale sur le design de terrains de golf. Après avoir gradué, j'ai fait mon apprentissage avec Howard Watson (architecte du parcours Québec) et éventuellement, j'ai ouvert ma propre firme de design.
Samedi de Jouer : Quels sont vos critères lorsque vous préparez les plans d'un nouveau terrain de golf ?
Graham Cooke : Il faut d'abord prendre le temps de devenir familier avec la propriété. Ensuite, il faut user de son imagination. Aucun architecte ne peut imaginer parfaitement l'allure finale d'un terrain de golf; il devient important d'être flexible et innovateur.
Samedi de Jouer : Dans combien de pays avez-vous participé à la construction de terrains de golf et êtes-vous associé à certains terrains ?
Graham Cooke : Mon travail m'a permis de voyager à travers l'Amérique du Nord, les Caraïbes, l'Italie, l'Autriche, l'Inde et la Chine. Présentement, je travaille sur des projets en Italie et en Chine.
Beaucoup de clubs de golf m'ont demandé de les aider au niveau de la promotion après l'ouverture de leur terrain. Il me fait toujours plaisir de les assister, mais jamais en tant qu'investisseur. Mon rôle est de travailler pour le client en créant des terrains de golf de qualité à des honoraires raisonnables.
Samedi de Jouer : Votre palmarès comme golfeur amateur est vraiment impressionnant. Par exemple, vous avez fait partie 26 fois de l'équipe amateur du Québec au championnat canadien. Combien de fois avez-vous gagné la Coupe Willingdon ?
Graham Cooke : La Coupe Willingdon est vraiment une partie spéciale du Canadian Amateur. Au fil des ans, j'ai vraiment apprécié voyager et participer au tournoi avec mes coéquipiers. J'ai fait partie de 4 équipes gagnantes avec quelques-uns des meilleurs golfeurs québécois. Être membre de l'équipe du Québec fait ressortir l'engagement de chacun des joueurs et je suis fier de l'intensité dégagée par n'importe quelle équipe que l'on ait gagné ou perdu.
Samedi de Jouer : La saison 2001 aura sans doute été une saison inoubliable pour vous en remportant le championnat canadien sénior amateur à votre première participation et aussi le mid-amateur canadien en plus d'avoir atteint la finale au championnat amateur. Pouvez-vous nous faire quelques commentaires sur cette saison 2001 ?
Graham Cooke : La saison 2001 a certes été mémorable. Vous savez, le golf est un jeu qui peut être très frustrant. Au début de chaque saison de golf, les joueurs croient qu'ils vont trouver la touche magique qui leur apportera le succès. Cependant, le golf est un jeu qui rend difficile le passage du rêve à la réalité. Ainsi, le fait d'avoir obtenu une bonne mesure de succès en 2001 restaure ma confiance et m'apporte une certaine satisfaction de savoir qu'on peut, à l'occasion, battre les probabilités et les dieux du golf.
Samedi de Jouer : Au Québec, vous avez été couronné champion du Duc de Kent, du Tunis et de l'amateur. Lequel de ces tournois vous tient le plus à coeur ?
Graham Cooke : Il ne fait aucun doute que les golfeurs, moi-même inclus, positionnent le Duc de Kent tout en haut de la liste. Gagner le Duc de Kent est vraiment spécial. De tous les tournois auxquels je participe, le Duc de Kent demeure le plus intéressant car il a le support de toute la région et cela crée toute une atmosphère. Je dois dire que le fait d'avoir un public au Royal Québec qui sait apprécier le bon golf rend le tournoi très excitant surtout si on fait partie de l'un des deux derniers groupes. Mes meilleurs souvenirs de tournois au Québec sont tous associés au Duc de Kent: le terrain, la ville de Québec, l'atmosphère du tournoi et le sincère sentiment de bienvenue qu'un joueur ressent à ce tournoi. J'aimerais bien le gagner de nouveau.
Samedi de Jouer : Au Duc de Kent, il y a quelques années, vous avez amorcé une poussée incroyable à compter du trou no 6 au trou no 11 avec trois birdies, un aigle et 2 pars (6 trous consécutifs en 3 coups). Quelle est votre attitude à l'égard des trous difficiles ?
Graham Cooke : Le parcours Royal possède des passages très difficiles qui peuvent sortir facilement un joueur du tournoi. Les trous 6 à 11 ont causé ma perte lors de plus d'une partie. Ma philosophie m'a toutefois bien servi en plusieurs occasions dont celle dont vous faites état. J'aime attaquer les trous difficiles et je ne me contente pas seulement de passer au travers d'un trou ou d'une série de trous difficiles. Jouer agressivement sur les trous difficiles m'aide à garder ma concentration et à rester énergisé et je crois que cela a contribué à mes victoires au Royal Québec et lors de d'autres tournois. Jouez les trous difficiles avec respect mais sans être intimidé, tentez de vous dépasser et je crois que les résultats vous surprendront.
Samedi de Jouer : Cet été (2001), André Gagné a joué avec vous lors de la deuxième ronde du Duc de Kent. Il nous a raconté le birdie que vous avez fait au trou no 5 en dépit d'une position de balle (lie) délicate lors de votre second coup. Pouvez-vous nous décrire cette situation ?
Graham Cooke : Au golf, je n'accepte pas qu'une position de balle difficile veuille dire que je dois jouer de façon conservatrice. Si les conséquences d'essayer un coup à faible taux de réussite ne sont pas trop punitives, alors je dis qu'il faut jouer le coup le plus risqué. Je me souviens du coup au trou no 5 et si ma mémoire est bonne, j'ai frappé un coup agressif avec un bois 3 pour essayer de m'approcher du vert. Le coup, s'il avait été réussi, aurait atteint la surface du vert pour une possibilité de birdie. Le coup a atteint la fosse de sable à partir de laquelle j'ai quand même réussi un birdie. Je fais plus de birdies à partir de fosses de sable près des verts qu'en jouant un coup vers un vert étroit à une distance de 90 verges. Le jeu agressif à partir d'une balle mal positionnée était la meilleure stratégie dans les circonstances et cela m'a heureusement porté fruit.
Samedi de Jouer : Vous êtes le seul joueur avec Paul Pouliot à avoir gagné le Duc de Kent sur les parcours Royal et Québec. Croyez-vous que des modifications devraient être apportées au parcours Québec pour qu'il puisse accueillir de nouveau le Duc de Kent ?
Graham Cooke : Je ne crois pas que des modifications soient nécessaires pour que le parcours Québec puisse accueillir de nouveau le Duc de Kent. Ce parcours est excellent et je suis fier de ma victoire obtenue sur le Québec et j'aimerais bien que le tournoi se joue encore sur ce parcours. Il n'y a probablement pas beaucoup de joueurs qui connaissent ce parcours comme Paul Pouliot, moi-même et quelques excellents joueurs du Royal Québec peuvent le connaître.
Samedi de Jouer : De vos 5 victoires au Duc de Kent, laquelle vous a donné le plus de satisfaction ?
Graham Cooke : Je dirais que c'est celle obtenue sur le parcours Québec. Elle était très spéciale car il y avait une foule fantastique qui suivait le dernier groupe et en réussissant un coup roulé de 15 pieds pour un birdie au dix-huitième, j'ai pu vaincre le vétéran Glen Seely qui s'était montré très coriace et qui aurait pu gagner ce tournoi autant que moi.
Samedi de Jouer : Les gros canons du Royal Québec (Gagné, Giroux, Taché, Trépanier, etc) vous considèrent comme le meilleur amateur qu'ils ont connu. Quel est ou quels sont les joueurs amateurs québécois qui vons ont donné le plus de fil à retordre?
Graham Cooke : C'est toujours bien d'obtenir le respect de ses pairs mais cela veut souvent dire qu'ils redoublent d'ardeur pour vous battre. Tous les golfeurs savent qu'on ne peut gagner au Québec, surtout le Duc de Kent, sans au préalable avoir battu un joueur du Royal Québec. Bien sur, des joueurs comme Mickey Batten, Pierre Archambault, Steve Davies par exemple sont toujours présents et ont livré de bonnes performances dans les compétitions. Mais, il n'y a aucun autre club ou endroit au Québec qui puisse se vanter d'avoir des joueurs de la force et du calibre que l'on rencontre au Royal Québec. André Gagné, Michel Giroux, Michel Taché, Pierre Trépanier, Marc Poulin, Jacques Gravel entre autres l'ont tous emporté sur moi plus d'une fois qu'il m'est possible de me souvenir. Il y a aussi d'autres bons joueurs au Royal Québec qui continuent de briller lors de tournois même si leur expérience au niveau provincial est limitée. Aller jouer au Royal Québec se compare à entrer dans l'antre du lion: de bonnes compétitions, de bons amis.
Samedi de Jouer : On dit que vous êtes un magicien avec votre wedge. Comment avez-vous développé cette habileté ?
Graham Cooke : J'utilise principalement mon sand wedge autour des verts. Personnellement, j'aime le confort que jouer tous ces coups avec un seul bâton m'apporte. Vous savez, il est difficile de montrer à un vieux singe comment faire des grimaces. Lorsque j'étais jeune, j'ai appris à frapper tous ces coups délicats à l'aide d'un sand wedge et aujourd'hui je pense que je bénéficie de ces longues heures de pratique pendant ma jeunesse.
Samedi de Jouer : Johnny Miller disait récemment que le driver était le bâton le plus important au golf suivi du putter et de la short game en général. Qu'en pensez-vous ?
Graham Cooke : Je suis parfaitement d'accord avec cette déclaration. Si vous êtes incapable d'atteindre l'allée, la partie va être longue. À mes débuts, j'étais plutôt mauvais avec mon driver, mais dès que j'ai réussi à le corriger et à atteindre régulièrement les allées, je me suis mis à obtenir de bons résultats et je me suis retrouvé faisant partie d'équipes nationales.
Samedi de Jouer : Vous êtes membre au Summerlea depuis combien d'années et combien de parties y jouez-vous annuellement ?
Graham Cooke : Je suis membre au Summerlea depuis 1967, mais j'y joue rarement plus de 6 parties par année. Il arrive que pendant les mois de juillet, août et septembre, je n'y aille même pas une seule fois. Au quotidien, je dois jongler avec le design de terrains de golf, les voyages d'affaires, la famille et les tournois de golf.
Samedi de Jouer : Avez-vous déjà songé à une carrière comme professionnel ?
Graham Cooke : Oui, à un moment donné, je voulais devenir professionnel. Cependant, dans ce temps-là, l'industrie du golf était beaucoup restreinte. Je n'étais pas si bon que cela et j'étais plus intéressé par le métier de "désigner". Je crois avoir pris la bonne décision. Toutefois, j'encourage les jeunes golfeurs d'aujourd'hui à explorer toutes leurs possibilités et à tenter de réaliser leurs rêves.
Samedi de Jouer : Vous avez participé au Canadian Open cette année au Royal Montréal, était-ce la première fois ?
Graham Cooke : J'ai participé à 2 Omniums Canadiens, les 2 fois au Royal Montréal. À ma première occasion, j'ai eu la chance de jouer une ronde de pratique avec Jack Nicklaus.
Samedi de Jouer : Lors de la deuxième ronde en 2001, je crois que vous avez joué 72. Ce score a été meilleur que celui de bien des pros dont Tiger Woods. Est-ce exact ?
Graham Cooke : Oui c'est exact. Vous savez, le golf est un jeu étrange. J'ai toujours soutenu que les bons golfeurs, amateurs ou professionnels, peuvent parfois battre les meilleurs au monde. Obtenir un meilleur pointage que Tiger Woods, même pour une seule journée au Canadian Open fut pour moi un moment mémorable.
Samedi de Jouer : Qui étaient vos partenaires de jeu en 2001 au Canadian Open ?
Graham Cooke :J'ai joué avec Rocky Walcher du Texas et Ricky Couglin de l'Irlande, deux joueurs possédant une attitude positive et un sacré caractère.
Samedi de Jouer : Quelle est la différence entre les meilleurs amateurs et les professionnels de la PGA ?
Graham Cooke : La différence est profonde en termes de niveau de confort à jouer au golf au plus haut niveau. L'habileté à frapper la balle ne diffère pas vraiment, mais le manque de confiance et d'expérience chez les amateurs est apparent. Dès qu'ils acquièrent ces qualités, la différence se rétrécit.
Samedi de Jouer : Avez-vous réussi des trous d'un coup, des albatros ? Combien de birdies consécutifs ? Le plus d'aigles dans une partie ?
Graham Cooke : J'ai réussi 3 trous d'un coup (2 au Summerlea, 1 à St-Hyacinthe), Qui fait des albatros ? J'ai déjà obtenu 5 birdies consécutifs et 2 aigles consécutifs au Toronto Golf Club.
Samedi de Jouer : Quel est votre meilleure partie et détenez-vous des records de terrains ?
Graham Cooke: 65 plusieurs fois; je ne crois pas détenir de records de terrains. J'en ai peut-être déjà détenus, mais ils ont sans doute été brisés.
Samedi de Jouer : Vous avez sans doute joué sur des terrains prestigieux: Pebble Beach, Firestone, Oakmont, Pine Valley ? Quel est le plus beau que vous avez joué et vous rappelez-vous de votre score ?
Graham Cooke: J'adore le club de golf Pine Valley au New Jersey et il m'est arrivé d'obtenir à quelques reprises un score sous la normale sur ce parcours difficile mais très intéressant.
Samedi de Jouer : Quels sont vos joueurs favoris sur la PGA ?
Graham Cooke: Sur le circuit de la PGA, j'aime regarder les joueurs étrangers comme Parnevik, Norman, Garcia, Montgomery. Ils apportent des styles et des attitudes différents au circuit.
Samedi de Jouer: Quels conseils donneriez-vous à un jeune adolescent talentueux qui voudrait percer au golf ?
Graham Cooke : Pratiquer, jouer et obtenir de l'aide professionnelle.
Samedi de Jouer : Quels sont vos plans d'avenir ?
Graham Cooke: D'une part, de nouveaux projets de design en Amérique du Nord. D'autre part, j'ai bien l'intention de continuer la compétition et j'aimerais bien avoir encore du succès.
Samedi de Jouer : Merci Graham Cooke. C'est un honneur pour le Club Samedi de Jouer que vous ayez accepté notre invitation à cette entrevue. Nous vous souhaitons beaucoup de succès pour le futur dans l'architecture de terrains de golf et la meilleure des chances dans les tournois. Soyez assuré que vous serez toujours le bienvenue à Québec et au Royal Québec.
Graham Cooke: C'est moi qui vous remercie et permettez-moi de saluer mes amis golfeurs du Royal Québec.
Enfin, ceux et celles qui veulent connaître les réalisations de Graham Cooke au plan professionnel et connaître tous les détails de sa carrière comme golfeur peuvent consulter son site personnel.
Novembre 2001
Entrevue réalisée par
Jean-Marc Tardif
Club Samedi de Jouer